Budget : Fillon annonce 11 milliards d'euros d'économies en 2012
Le Premier ministre a présenté le plan de rigueur budgétaire retenu par le gouvernement. Parmi les mesures phares : une taxe sur les hauts revenus, un coup de rabot sur les niches fiscales et une hausse de 6 % des prix du tabac, de l'alcool et de sodas. La prévision de croissance est révisée à 1,75 % pour 2011 et 2012.
Les
ultimes arbitrages ont été rendus. François Fillon a dévoilé, à
l'occasion d'une conférence de presse, le plan de rigueur budgétaire
retenu par le gouvernement. Objectif : trouver 1 milliard d'euros dès
2011 puis 11 milliards en 2012 d'économies afin de respecter les
engagements de la France sur le déficit public (5,7 % de PIB cette
année). Selon le Premier ministre, le déficit public devrait être réduit
plus que prévu en 2012 grâce aux nouvelles mesures, à 4,5% du PIB au
lieu de 4,6%. François Fillon a fait état d'un « objectif un peu plus ambitieux », visant à assurer à la France une « marge permettant de sécuriser » ses engagements en cas de nouvelle panne de la croissance.
Le
Premier ministre a expliqué que le gouvernement révisait à la baisse sa
prévision de croissance pour 2011 et 2012 à 1,75 %. L'objectif fixé
d'une hausse du PIB de 2 % en 2011 et 2,25 % en 2012, était jugé
désormais inaccessible par de nombreux analystes. La croissance a en effet été nulle au deuxième trimestre, après avoir connu une vive progression (+0,9 %) au premier trimestre.
Taxe
sur les hauts revenus, moins d'exonérations de charges sociales sur les
heures supplémentaires et un coup de rabot sur les niches fiscales sont
les mesures phares annoncées par François Fillon. Revue de détail :
Une taxe exceptionnelle sur les très hauts revenus.
Si le principe de cette mesure avait été très largement annoncée ces
derniers jours, François Fillon en a précisé les modalités : une
taxation de 3 % sur le revenu fiscal de référence à partir de 500.000
euros. Cette « contribution exceptionnelle sur les hauts revenus »,
qui doit rapporter environ 200 millions d'euros dans les caisses de
l'Etat en 2012, prendra fin lorsque le déficit public de la France
rentrera dans les clous des traités européens. La taxe sera assise sur
le « revenu fiscal de référence, qui concerne à la fois les revenus du travail et du capital », a expliqué François Fillon. « Cette
mesure sera complétée d'une relèvement de 12,3% à 13,5% des
prélèvements sociaux sur les revenus du capital (...) dans un souci de
rapprochement de la taxation des revenus du capital et du travail », a-t-il ajouté.
Heures supplémentaires. Les heures
supplémentaires seront désormais intégrées dans le barème de calcul des
allégements généraux de charges. François Fillon a assuré que les
salariés continueraient à bénéficier des abattements sur les heures
supplémentaires, une mesure-phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy
qu'il ne s'agit « nullement de remettre en cause ».
« Nous proposons d'intégrer les heures
supplémentaires dans le calcul des allégements généraux de charges de
façon à préserver les avantages sociaux et fiscaux des heures
supplémentaires, tout en limitant les effets d'aubaine et d'optimisation
pour les entreprises », a expliqué le Premier ministre. Cette
mesure sera inscrite au projet de loi de financement de la Sécurité
sociale (PLFSS) pour 2012, présenté en septembre.
Niches fiscales. Un nouveau coup de
rabot de 10% sur les niches fiscales est annoncé. Il s'ajoutera au rabot
voté l'an dernier et entrera en vigueur en 2012.
Plus-values immobilières.
L'abattement dérogatoire pour durée de détention sur les plus-values
immobilières (hors résidence principale qui reste exonérée) est
supprimé, au profit de la prise en compte de l'inflation réelle.
Assurance pour les contrats solidaires et responsables.
L'exonération partielle de taxe spéciale sur les conventions
d'assurance pour les contrats solidaires et responsables est supprimée.
Outre-Mer. L'abattement de 30 % sur le bénéfice imposable des entreprises dans les DOM est supprimé.
Frais professionnels. L'abattement
forfaitaire pour frais professionnels est réduit de 3 % à 2 %.
L'abattement pour frais professionnels pour les revenus qui ne
constituent pas du salaire est supprimé.
Impôt sur les sociétés. Le mécanisme
de report des déficits, qui bénéficie surtout aux grands groupes, sera
harmonisé avec le système allemand. Il permet aux entreprises qui
enregistrent des pertes de les reporter sur les exercices à venir ou de
les déduire des bénéfices des trois années précédentes. De cette
manière, elles diminuent leur impôt sur les sociétés. L'objectif est de
rapprocher les impôts des sociétés en France et en Allemagne, a précisé François Fillon.
Forfait social. Le forfait social (impôt minimal pour les revenus exonérés de cotisations sociales) est relevé de 6% à 8%.
Modifier les comportements en matière de santé publique.
Les prix du tabac, de l'alcool et des sodas seront augmentés de 6 % en
2011 et 2012. La fiscalité et les prélèvements sociaux sur les alcools
forts sera augmentée. Une taxe sur les boissons sucrées sera créée.
Parc à thème.Un taux normal de TVA de 19 ,6 % sera appliqué aux entrées dans les parcs à thème.
Environnement. Le barème de la taxe
sur les véhicules de sociétés, sera révisé en cohérence avec le Grenelle
de l'environnement (alignement sur le barème bonus-malus).
Pour
2011, les mesures seront présentées en Conseil des ministres mercredi
prochain et examinées par le Parlement lors de la session extraordinaire
qui débute le 6 septembre, a précisé le Premier ministre.
François Fillon a profité de son discours pour tacler l'opposition l'appelant à « faire preuve de plus de rigueur intellectuelle » face aux réalités économiques. « Ignorer
les conséquences de la plus grave crise économique depuis un
demi-siècle sur les finances publiques, refuser d'admettre la
responsabilité des gouvernements de droite et de gauche sur le
creusement des déficits depuis 35 ans, ce n'est pas une preuve de
sérieux et cela augure mal de la capacité à affronter les réalités
économiques du monde d'aujourd'hui », a-t-il lancé. Selon lui, « les propositions de l'opposition en 2008 », lors de l'éclatement de la crise économique, « qui
suggérait les nationalisations des banques et une baisse importante de
la TVA auraient eu pour effet un accroissement plus élevé de la dépense
publique ».

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