L'hôtel Carlton de Lille en octobre 2011.
afp.com/Denis Charlet
Mis en examen pour proxénétisme aggravé, David Roquet, chef
d'entreprise lillois, a raconté aux enquêteurs comment il aurait fourni
des filles à l'ex-patron du FMI, à l'occasion de parties fines. A Paris,
mais aussi à Washington.
Lille tremble.
L'affaire de proxénétisme présumé
n'en finit par d'éclabousser des notables de la ville. Des chefs
d'entreprise, un avocat, un policier et... DSK sont cités dans le
dossier du Carlton.
Cinq personnes ont déjà été mises en examen et les convocations de témoins se poursuivent. Et les langues commencent à se délier.
Le dernier en date à avoir parler est David Roquet, directeur
d'une filiale du groupe de BTP Eiffage dans le Pas-de-Calais, mis en
examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée et mis à pied par sa
direction. L'homme est soupçonné d'avoir participé à l'organisation de
parties fines, notamment à Paris. Des soirées spéciales, financées par
sa société. Et auxquelles aurait participé Dominique Straus-Kahn.
A trois reprises, le chef d'entreprise lillois se serait rendu
dans la capitale avec des filles de "Dodo la saumure", proxénète belge
écroué début octobre. Dans le procès verbal de David Roquet,
que s'est procuré Le Figaro,
le chef d'entreprise détaille ces rendez-vous en présence, au moins à
une reprise, de l'ancien patron du FMI. Il évoque un certain Fabrice P.,
44 ans, qui dirige une société de matériel médical dans le
Pas-de-Calais, et qui a été placé en garde à vue avec son épouse,
Virgine D.
Nous avons mangé dans la chambre puis nous avons eu des relations sexuelles tarifées
"En fait c'est Fabrice P. qui m'a dit qu'on avait l'occasion de
déjeuner avec monsieur Strauss-Kahn, détaille David Roquet aux
enquêteurs, et qu'il apprécierait que je ramène des copines, en fait des
prostituées".
La rencontre entre David Roquet et DSK aurait eu lieu en mars
2009, au restaurant L'Aventure. C'est là que les protagonistes auraient
commencé à avoir des relations sexuelles avec des prostituées, rapporte
Le Figaro, avant de poursuivre leurs ébats à l'hôtel Murano.
Jean-Christophe Lagarde, chef de la sûreté départementale du Nord,
placé en garde à vue dans le cadre de cette enquête,
aurait également été de la partie. "Il y avait Fabrice et
Jean-Christophe Lagarde, poursuit Roquet face aux enquêteurs. (...) Nous
avons mangé dans la chambre puis nous avons eu des relations sexuelles
tarifées. Chacun était avec sa copine, moi j'étais avec Jade, DSK avait
aussi sa copine (...)." Des dires confirmés par Mounia, une prostituée
présente ce soir là,
rapporte Libération. "Fasciné par DSK", David Roquet affirme que l'ancien patron du FMI "était invité" et qu'il ne payait rien.
Des voyages outre-Atlantique
Ces soirées
libertines se seraient également exportées outre-Atlantique. "Oui, je
suis allé à Washington en février 2011 avec Fabrice, Jean-Christophe
[Lagarde] et Jean-Claude Ménault [directeur départemental de la Sécurité
publique du Nord]", reconnaît également David Roquet.
D'après une source proche du dossier
citée par Libération,
il y aurait eu deux voyages: l'un "en février 2010" et l'autre "du 11
au 13 mai 2011", soit la veille de l'arrestation de DSK à JFK. Là
encore, David Roquet règle ces déplacements, "entre 3000 et 4000 euros",
d'après le PV d'audition.
Officiellement, l'objet du deuxième voyage est de "visiter le
FMI". Lorsque David Roquet a laissé DSK, il était avec "une jeune fille
américaine" dont l'entrepreneur a oublié le prénom.
Quels étaient les contreparties de ces "cadeaux"? L'enquête le
dira. Du côté des avocats de DSK et du commissaire Lagarde, c'est
silence radio.
Source: l'express